L’un des poumons de la Terre est en train de disparaître

Publié le 6 mars 2014 par

Par Vanessa West (2008)

L’un des poumons de la Terre est en train de disparaître

Il y a moins d’un siècle, le Vietnam était encore surnommé « Enfer vert » à cause de ses somptueuses forêts tropicales. Les températures plutôt élevées et l’abondance des pluies ont favorisé ce type de végétation qui, aujourd’hui, est fortement menacée.

En 1943, le Vietnam était boisé sur 43% de son territoire. Moins de 70 ans plus tard, « The World Conservation Monitoring Centre » estime qu’il ne l’est plus qu’à 16 % dont 10 % en forêt protégée. Plusieurs études tentent d’évaluer les conséquences de cette alarmante dépression, tant à l’échelle nationale que planétaire. On peut difficilement blâmer un seul coupable, car plusieurs causes et évènements entrent en ligne de compte.

La présence humaine et l’agriculture

Tout d’abord, vous devez comprendre que le Vietnam a une démographie très élevée. « The World Factbook » estimait en 2001 que 80 millions d’habitants vivaient sur un territoire de 325 360 km2, pour une moyenne d’environ 250 habitants/km2. C’est pourquoi les Vietnamiens ont dû empiéter sur les zones boisées pour s’établir. C’est alors qu’ils commencèrent à  déboiser afin d’être en mesure de cultiver le riz.« On ne peut pas manger les arbres ! On mange du riz ! Alors, on abat les arbres, a déclaré Vo Tong Xuan, un grand chercheur agricole du pays, il est très difficile de sauvegarder l’environnement lorsque la population a faim. » Mais parfois, les techniques agricoles utilisées sont assez douteuses. Par exemple, l’agriculture sur brûlis consiste à incendier une partie de la forêt afin de préparer le sol à l’agriculture. Comme le feu est un phénomène naturel, il peut être difficile de le contrôler et, malheureusement, peut parfois causer biens des dommages…

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Les périodes de jachère sont de plus en plus courtes et ainsi, donc, la terre ne peut plus se régénérer adéquatement.

La Guerre du Vietnam

Un autre facteur tout aussi important de la déforestation au Vietnam est la guerre qui porte son nom. Cette guerre, qui s’est déroulée de 1959 à 1975, a causé énormément de dommages à l’environnement, surtout en 1964, lorsque l’armée américaine s’y est jointe. Elle a pour stratégie de détruire les forêts des zones de guerre dans le seul but d’empêcher le Vien-Cong (le parti communiste) de pouvoir s’établir et se camoufler dans les jungles du pays, on parle ici d’un « écocide ». Plusieurs moyens sont utilisés pour y parvenir. Premièrement, l’aviation américaine a épandu plus de 72 millions de litres de défoliants nommés Agent orange, Agent blanc et Agent bleu. Ces produits chimiques, qui contenaient de la dioxine, l’un des produits les plus toxiques au monde et hautement cancérigène, ont détruit plus de  2 millions d’hectares de forêts (200 000 km2).

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Près  de quarante ans plus tard, on retrouve encore de la dioxine dans la chaîne alimentaire. Il y a aussi l’épandage de napalm, une essence à base de sodium très incendiaire, qui a fait périr plusieurs forêts.

L’économie

La pression exercée par la demande du bois provenant du Vietnam est très forte, la pression locale, mais aussi internationale, car il y a de grands marchés d’exportation en Thaïlande, au Japon, à Singapour et à Taiwan. Les coupes, légales ou non, se font très rapidement et le gouvernement tente de mieux contrôler ce marché en appliquant des lois pour protéger les forêts. Mais en vain…

Problèmes engendrés

Outre le fait de baisser considérablement le pourcentage de territoire boisé, la déforestation entraîne littéralement la destruction d’écosystèmes. On retrouve au Vietnam une riche variété d’espèces animales, mais qui désormais comprend une inquiétante liste d’animaux en voie d’extinction tels que des éléphants, des ours noirs, des tigres et plusieurs reptiles qui n’existent plus qu’en très petit nombre. Ensuite, comme la terre n’est plus protégée des températures brûlantes et des pluies abondantes par les arbres, on observe de plus en plus de glissements de terrains, d’érosion des sols et de crues. Mais comment pouvons-nous contrer ces bouleversements ?

Solutions

L’Association vietnamienne pour la protection des ressources naturelles et environnementales ainsi que le Centre pour l’aménagement des ressources naturelles et les études environnementales dont Vo Quy est respectivement le vice-président et le directeur, ont réalisé plusieurs tentatives afin de régler ou d’améliorer ces problèmes majeurs. Après la guerre, les scientifiques ont tenté de réensemencer les territoires déboisés avec des espèces végétales indigènes. Mais sans présence de la protection du couvert forestier, ces endroits qui, autrefois, étaient humides et fertiles, se sont transformés en un sol sec et compact. Les jeunes plants n’ont donc pas été capables de survivre. C’est pourquoi les scientifiques ont donc semé par la suite des arbres exotiques beaucoup mieux adaptés à de telles conditions.

Quy et ses associés ont ensuite élaboré une stratégie de conservation qui a été acceptée par le gouvernement en 1985. Elle consiste à planter de 150 000 à 200 000 hectares d’arbres par années. Malheureusement, ils estiment, annuellement, à 85 000 hectares les terres défrichées pour l’agriculture, 65 000 pour l’industrie du bois et 50 000 simplement brûlées ; pour un total de 200 000 hectares d’arbres ! Quy pense alors que l’objectif gouvernemental devrait être de planter 300 000 hectares d’arbres par année et ainsi, donc, de reboiser le territoire de façon beaucoup plus efficace ! Finalement, plusieurs campagnes de sensibilisation sont effectuées dans les villages. À l’école, les élèves plantent des arbres et, pour encourager les habitants à faire de même, le gouvernement leur offre des petits terrains pendant 50 ans où ils doivent, en échange, eux aussi planter des végétaux.

Espérons que ces solutions fonctionneront adéquatement et que le Vietnam pourra triomphalement renouer avec son surnom « d’ Enfer vert » !

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