La viande, une souffrance planétaire
Publié le 25 février 2014 par
Par Marikim Lussier et Émilie Ménard (2013)
La viande, une souffrance planétaire
La surconsommation de viande
Nous vivons dans une société où les habitants de plusieurs pays consomment certains produits plus qu’ils en ont réellement besoin. L’un d’eux est la viande. Certes, celle-ci est remplie de protéines, mais une surconsommation est-elle vraiment bénéfique à notre santé ? Vécue dans plusieurs pays, la surconsommation de viande est surtout une réalité états-unienne. En effet, dans cette région du monde, un seul habitant ingère en moyenne 126 kilos de viande en un an. Cet aliment représente une si grande partie de leur quotidien que les énormes élevages bovins au Texas ne suffisent pas à satisfaire la demande. Pour cette raison, ils importent de la viande du Canada et de l’Amérique du Sud. Cette problématique n’est pas seulement vue dans cet État, mais aussi en Espagne, en Australie, en Autriche, etc.

Pourquoi manger de la viande serait-il si différent de manger des légumes ou toute autre plante ? Pour répondre à cette question, nous n’avons même pas besoin d’aborder son aspect moral : se nourrir d’êtres de chair exige de la terre une quantité beaucoup plus importante de ressources qu’une alimentation à base de plantes. Il faut 100 litres d’eau pour produire un kilo de pommes de terre, mais 13 000 litres pour un kilo de boeuf. C’est donc 13 000 litres d’eau qui ne retourneront pas de sitôt à la terre, à une époque où l’on dit que la prochaine guerre sera celle de l’or bleu. C’est beaucoup. De plus, c’est sans compter l’impact important que peut avoir l’élevage intensif sur les cours d’eau. Une étude démontre que 80% des cours d’eau et habitats des rivières de l’ouest des États-Unis ont été affectés par ce genre de pratique : il y serait survenu diverses perturbations comme une augmentation de la température, de la turbidité ainsi qu’une diminution du taux d’oxygène dissout et de la biodiversité. À l’est du même pays, un phénomène d’eutrophisation à grande échelle aurait été causé par la prolifération de déchets porcins.
Selon la World Wildlife Fund de Suisse, sur un même espace de terrain, pour faire un kilo de légumes, il suffit de six mètres carrés de terrain, mais il en faut 323 pour la même quantité de bœuf, incluant le fourrage. Sachant que l’Américain moyen consomme 126 kg à chaque année, cela signifie qu’il lui faut environ 4,07 hectares (40698 mètres carrés) de terrain… à lui seul. Rappelons que les États-Unis sont un pays de 300 000 millions d’habitants. Évidemment, il s’agit d’un extrême, car cet État est aussi le plus gros amateur de viande au monde. Néanmoins, le bilan de la France n’est pas très reluisant non plus, bien que l’espace requis soit réduit à 2,39 ha de terrain par habitant. L’impact environnemental de ce luxe routinier est gigantesque. On estime que 40 % des forêts tropicales ont été rasées au cours des 40 dernières années, majoritairement à des fins d’élevage de bétail qu’il faut nourrir pour l’engraisser. Ainsi, on utilise 66% des cultures en Suisse pour satisfaire l’appétit de bêtes destinées à l’abattoir et aux États-Unis, ce chiffre monte à 80 %. Finalement, sur le plan mondial, c’est 90 % de la production de soja qui finit dans l’estomac d’animaux. Brûler des vivres pour en produire d’autres… en plus petite quantité. N’est-ce pas ironique ? Comme si cela ne suffisait pas, les résultats dévoilés lors d’une conférence au sujet de l’eau à Stockholm démontrent qu’en moyenne, nous avons besoin de 1200 m³ d’eau par terrien pour produire notre nourriture chaque année.

De plus, les conditions dans lesquelles les animaux destinés à la consommation sont élevés sont exécrables. Plusieurs d’entre eux ne meurent pas d’un coup et souffrent énormément avant de rendre l’âme, la plupart du temps entassés comme des sardines. Par exemple, les porcelets se font castrer et couper la queue sans anesthésie alors qu’ils sont âgés de seulement trois jours ; et les poussins mâles issus d’une lignée de poules appartenant au type « pondeuses » sont abattus dès la naissance, alors que les autres verront leur bec tranché à la plaque chauffante. De nombreux documentaires témoignent de ce fait et de l’insalubrité des élevages dont le sol est tapissé des excréments des futurs produits de vente à l’étalage.
Solutions
L’Inde a trouvé une solution à ce problème : le végétarisme. Le passage entre la chair animale et les légumes est de plus en plus fréquent sur le plan international, mais il est encore plus frappant dans ce pays où 40 % de la population ne mange pas de viande. Cela peut s’expliquer par le fait que l’hindouisme est une religion qui requiert un régime végétarien et qu’il s’agisse de la religion principale, toutefois, il reste que cette popularité a donné lieu à des lois plutôt intéressantes. En effet, les produits alimentaires indiens possèdent une étiquette certifiant qu’il s’agit ou non d’un produit dépourvu de traces de viande, poisson ou oeuf. Ce label est aussi appliqué aux médicaments. Soulignons qu’en Inde il existe un endroit, l’État de Gurajat, où 80 % de la population est végétarienne. La plupart des villes dont la loi oblige l’adoption de végétarisme -oui, elles existent- sont indiennes. C’est une chance que le second pays le plus peuplé du monde mange aussi peu de nourriture carnée, car la quantité de ressources qui seraient alors nécessaires pour satisfaire sa demande serait faramineuse.
Renoncer complètement à ce genre de consommation n’est pas facile et il faut tout de même veiller à équilibrer son alimentation pour obtenir les nutriments que l’on ne va plus chercher dans la viande. Par exemple, il faudra manger davantage de noix ou de graines et augmenter ses portions consommées de produits céréaliers. Les légumineuses ont aussi une place très grande dans le régime végétarien, et il faut en consommer plusieurs types puisque leurs protéines ne sont pas aussi complètes que celles que l’on trouve dans la nourriture carnée. Porter une attention particulière à ce que l’on mange en adoptant ce mode de vie permet d’éviter les carences en oméga 3, zinc, fer, vitamine B12, etc., pour ne nommer que les déficits les plus fréquents. Il faut être sûr que nos nouveaux menus nous permettront de ne pas manquer de certaines vitamines, minéraux ou acides gras essentiels au bon fonctionnement de notre corps.
Georges Laraque est un joueur de hockey canadien et il est devenu végétarien. Selon des tests effectués pour comparer sa forme physique et son corps avant et après ce régime aux produits de la terre, il performe mieux depuis. Il est vrai cependant que supprimer complètement le porc, le boeuf, le poisson, etc., de son assiette n’est pas la seule solution à ce problème environnemental. Devenir végétarien implique un grand changement auquel tous ne sont pas nécessairement prêts. Ce qu’il serait vraiment important de faire serait de cesser d’avoir autant de préjugés selon lesquels arrêter la viande nuit à la forme et rend plus sensible à la fatigue ou autre, car il s’agit d’un mythe qui, selon plusieurs études, n’a rien de scientifique. Si, un jour, le mouvement contre la souffrance animale et l’abus des ressources de la terre devient encore plus important, peut-être que les gouvernements seront obligés de passer des lois pour forcer les entreprises à se montrer plus humaines et moins… robotiques. Le choix nous appartient.
Sources :