Récifs Artificiels
Publié le 16 mai 2015 par
Ange-Aimy Lalonde & Mélissa Taillefer (2015)
Les récifs artificiels
Du plastique à n’en plus finir
John Sylvan, l’inventeur des capsules de café K-Cup de Keurig, dénonce aujourd’hui leurs impacts environnementaux. Les capsules, à moins d’être défaites à la main, ne sont pas recyclables et, malgré cela, ce ne sont pas toutes les entreprises de recyclage qui acceptent le plastique numéro 7 qui compose ce produit. Mises bout à bout, les capsules utilisées jusqu’à présent pourraient faire 10,5 fois le tour de la Terre. Où se retrouve le plastique qui ne peut être recyclé? Une étude du Programme des Nations Unies pour l’Environnement démontre que l’on retrouve en moyenne 46 000 morceaux de plastique par 2,5 km2 d’océans sur une profondeur d’environ 30 mètres. Ce plastique est amené par les courants marins vers de gigantesques continents de déchets comme celui situé dans le Pacifique nord. Ce dernier atteint une taille de 3,5 millions de km2 ce qui équivaut à 6 fois la superficie de la France. Le plastique se désagrège au fil du temps, mais ces particules, impossibles à digérer et difficiles à éliminer, agissent comme une éponge. En effet, cet amas de déchets contient des POP (polluants organiques persistants) dont le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) qui est un pesticide avec des effets toxiques sur le développement et la reproduction. On le soupçonne également de provoquer des troubles neurologiques, respiratoires et cardiovasculaires. Cette toxine se retrouve dans les eaux en quantité dépassant des millions de fois la norme. Certains mammifères marins tels que les phoques gris et les dauphins voient leurs populations décroître. De plus, leur immunité et leur taux de reproduction sont gravement affectés par ces contaminants. Le plastique se retrouve dans les estomacs des poissons, des méduses, des tortues et des oiseaux marins causant ainsi leur mort. Greenpeace estime qu’environ un million d’oiseaux et cent mille mammifères marins meurent chaque année suite à l’ingestion de plastique. Du fait, 267 espèces marines connues sont touchées par ce continent de plastique. Que pouvons-nous faire pour favoriser le renouvellement des espèces marines? Avons-nous dépassé un point de non-retour? Une solution est envisageable pour aider les animaux à se reproduire plus rapidement.
Tortue marine piégée dans un filet fantôme

Albatros mort de faim, l’estomac plein de plastique
Une solution qui voit le jour
Le Japon est le premier pays à développer une solution à grande échelle en ce qui concerne les récifs artificiels. Ces récifs, qui sont placés volontairement dans les fonds marins, ont pour mission d’offrir aux espèces un habitat leur convenant, c’est-à-dire un habitat qui les protègeront pour les aider à se reproduire. Ces récifs sont construits, le plus souvent, avec des matériaux dit biocompatibles. En fait, ce sont des matériaux qui ne se dégradent pas et qui n’interfèrent pas avec le milieu des espèces touchées. Ils favorisent la reproduction des animaux en les protégeant des effets du vent et des vagues. De plus, ces récifs aident à résister aux tempêtes (si l’emplacement est plus près de la surface, les récifs vont protéger les animaux des courants marins et/ou vagues) et aux filets, chaluts ou ancres. Ces derniers peuvent notamment détruire ou emporter les œufs des poissons ou autres animaux marins. Les récifs artificiels pourront servir de barrière pour justement aider les animaux à se reproduire et ainsi à préserver la faune et la flore que la planète possède. Grâce à ses installations, le Japon est le seul pays à avoir presque complètement stabilisé et restauré leurs écosystèmes marins et, donc, ils peuvent dire que les dégâts qu’ils ont causés ont été réparés en bonne partie. En effet, environ 350 modèles de récifs ont étés construits sur plus de 20 000 sites. Ces récifs artificiels attirent et protègent aujourd’hui des dizaines de millions de crustacés et de poissons. La France est en cours d’expérimentation et seuls une quarantaine de prototypes ont été mis en place. Quelques autres projets sont en cours dont un est d’installer 200 récifs au large du Cap d’Adge, toujours en France, qui est situé au pied d’un ancien volcan appelé aujourd’hui le mont Saint-Loup et qui borde la mer Méditerranée. Saviez-vous que le premier exemple de récif artificiel est apparu en 1652? En effet, des épaves coulées près des ports attiraient et abritaient les poissons qui étaient ainsi plus faciles à pêcher. Malheureusement, ce ne sont pas toutes les expériences qui ont portée fruit. Si l’on prend l’exemple de la Floride qui, en 1970, a jeté environ 2 millions de pneus au large des côtes de Fort Lauderdale pour faire un récif artificiel sans prendre en considération que les pneus contenaient des molécules toxiques nuisibles aux animaux et à leur régénération. En effet, les pneus contiennent du cadmium, du zinc et du sélénium. Ce dernier pourrait poser problème puisqu’une pollution au sélénium peut faire diminuer le nombre de poissons de 72% et le noir de carbone présent dans les pneus est cancérigène pour l’animal. C’est pour cette raison que ce fut un échec et que, depuis les années 2000, des plongeurs militaires ont commencé à ramasser les pneus.
Un porte-avions de l’US Navy devient un récif artificiel dans le golfe du Mexique.
Conférence de Caen
Du 27 au 29 janvier 2015 a eu lieu le « Congrès RECIF sur les récifs artificiels » qui s’est tenu à Caen en France et qui a regroupé chercheurs et industries afin de présenter les récents travaux de recherche et réalisations de récifs artificiels. Les matériaux de construction, l’écosystèmes marins ainsi que l’ingénierie des récifs ont été des thèmes abordés lors de cette conférence. Le projet RECIF regroupe 8 partenaires franco-britanniques dont l’Université de Caen Basse-Normandie, Plymouth Marine Laboratory et le Muséum National d’Histoire Naturelle.
Références : Canoë,