Transformer les résidus de bois en huile pyrolytique
Maxence Laforce et Noah Dionne (2024)
Le problème
Tout se passe à Port-Cartier dans l’usine de bouletage gérée par une entreprise minière. Le bouletage est une technique consistant à mettre le minerai moulu sous forme de boulettes qui seront ensuite transformées en matériaux servant à la fabrication de véhicules, d’infrastructures, de produits de télécommunication et de divers objets de consommation. L’entreprise utilise habituellement un carburant hautement explosif et nocif, le mazout lourd. Celui-ci est obtenu lors de la séparation du pétrole, lorsque d’autres produits pétroliers plus légers tels que l’essence et le kérosène, ont été extraits. Il est souvent utilisé comme combustible pour les gros bateaux. Si une fuite de mazout n’est pas détectée, cela engendre de grands risques pour l’environnement. En effet, une goutte de mazout qui est déversée dans l’eau contamine 25 litres et la rend imbuvable. Une fois brulé, le mazout libère de la suie noire et de l’oxyde de soufre (SO2) qui est un gaz incolore et corrosif. Ce gaz est un polluant atmosphérique qui a des effets très néfastes sur le système respiratoire des humains et des animaux et endommage même les plantes. La suie noire est aussi appelée carbone noir et contribue au réchauffement climatique. De plus, l’ozone troposphérique se combine à d’autres polluants atmosphériques comme le dioxyde d’azote NO2 et le dioxyde de soufre SO2 pour former le smog.
La solution
Le projet
Le projet lancé en mai 2022 consiste au remplacement graduel du mazout lourd qui sert de source d’énergie au profit de l’huile pyrolytique qui est fabriquée à partir de résidus de bois. L’entreprise a utilisé 15 millions de litres d’huile durant sa première année. Cette quantité représente 23 000 tonnes de gaz à effet de serre, cela équivaut à 5000 voitures en moins.
Le procédé
L’entreprise minière s’est récemment alliée à une compagnie forestière qui possède 11 usines et récolte près de 3 millions de m3 de bois par année. Sur la Côte-Nord, cela en fait la première usine à produire de l’huile pyrolytique avec des résidus de bois. La sciure, la planure (des petits copeaux déchiquetés) et d’autres résidus qui ne sont pas utilisés pour le bois d’œuvre, sont récupérés puis envoyés dans une usine de transformation. On prend le bois, on le broie pour le déchiqueter et ensuite le sécher à haute température. En quelques secondes, le réacteur fait vieillir le bois d’un million d’années pour créer un gaz qui sera condensé. On obtient ainsi le biocarburant. De plus, les gaz non-condensés retournent dans le séchoir et l’alimentent. Le procédé est donc carboneutre puisqu’on récupère le gaz non brulé et on le remet dans le cycle. Le rendement énergétique demeure toutefois, pour l’instant, plus faible qu’avec le mazout, car il faut un volume 2 fois plus grand d’huile pyrolytique pour arriver au même résultat.

La collaboration
Les deux entreprises sont contentes de leur collaboration. Le bois et l’acier représentent les deux plus grosses activités d’exploitation sur la Côte-Nord. Leur but est de devenir un modèle mondial en terme de décarbonation.
Les objectifs
L’entreprise minière prévoit utiliser 32 millions de litres d’huile pyrolytique comme carburant d’ici la fin 2024, ce qui équivaut à 11 000 voitures et l’usine pense utiliser 40 millions de litres l’année suivante. De plus l’entreprise minière a pris comme engagement de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 25 % d’ici 2030 et d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050.